Jazz à Couches 2008
"Octobre" et Carla Bley : un hommage au jazz... libre !
"L'ombre de Charlie Haden flottait
hier soir sur le ciel de Jazz à Couches, pour un concert exceptionnel...
Le sextet Octobre + Carla Bley et son quartet magique
dans une même soirée, c'est une rareté qu'il faut bien souligner.
Octobre : on
retrouve, en filigrane, chez Benoît Keller, le contrebassiste d'Octobre, une vraie "filiation",
avec le titulaire de la "double bass"
d'Ornette Coleman, mais plutôt dans sa période Keith Jarrett. Pas
simplement dans cette manière indispensable au sextet de produire des
nuances sonores d'une étonnante variété, malgré une retenue, elle aussi
surprenante, ou dans son langage si particulier en soliste. Mais aussi
dans sa manière de sublimer les autres membres de son sextet, à
commencer par ses complices du "trio Resistances", le batteur
hyperprésent Bruno Tocanne derrière, ou plutôt à côté, car ici personne
ne fait jamais d'ombre à personne, et le saxophoniste
Lionel Martin qui a révélé une fois de plus ses qualités
d'improvisateur à la technique débridée, et au son plein de raffinement
rauque, mais aussi le tromboniste Loïc Bachevillier, le trompettiste au phrasé fantastique Fréderic Roudet et la clarinettiste
Elodie Pasquier. Mais au-delà de la qualité de ces jeunes talents,
la prestation d'Octobre est singulière. S'il fallait une
comparaison, et qu'elle soit culinaire, on dirait que c'est un
magnifique millefeuille, avec comme biscuit, quelques tranches de
chants de lutte et de "résistances", aux sonorités s'étalant des
harmoniques de Josquin des Prés aux accords de Benjamin Britten, aux
rythmes variant des sarabandes du Moyen-Âge au sud-américain le plus
balancé, en passant par une longue introduction très musique espagnole
à la cour d'Italie, Benoit Keller se faisant, le Savall de la contrebasse. Une petite merveille
d'harmonies délicieuses. Et comme "crème pâtissière" entre ces
biscuits, la crème... avec des improvisations
débridées, déjantées parfois, toujours à l'instinct mais toujours
maîtrisées. Ce qui les rend encore plus... libres. En tout cas c'est un exceptionnel dessert. Même servi en entrée."
le Journal de Saône et Loire - 4 juillet 2008